L’analyse
qui consiste à imputer l’élimination du candidat socialiste,
dès le premier tour de l’élection présidentielle, à un banal
accident ayant occasionné la victoire de la France de l’inertie,
de la peur et du conservatisme, n’est pas crédible. Elle empêche de
tirer une conclusion cinglante sur la profondeur de la rupture
entre le Parti Socialiste et le peuple français. Aujourd’hui,
on peut confirmer que les succès aux élections régionales
et européennes de 2004 ne représentaient qu’une sanction
contre le président de la République et le gouvernement
de son Premier ministre. En tout cas, le 29 mai 2005, le
peuple français a tranché en rejetant à près de 55 %
le projet du traité qui devait instituer la Constitution
européenne. Au sein de la gauche, à peu près 60 % de
l’électorat socialiste l’ont rejeté.
Si l’on se penche sur les faits évoqués ci-dessus,
on réalise que les maux dont souffre une grande partie de
nos concitoyens ont pour cause fondamentale le libéralisme.
Ainsi est-il urgent pour le Parti Socialiste, dans l’optique
de l’élection présidentielle de 2007, de faire des propositions
humanistes en vue d’une société au sein de laquelle les
inégalités, les exclusions et les discriminations n’auront
plus droit de cité.
La conjoncture actuelle incite à une réflexion de fond sur
le plan idéologique. Cela aura au moins le mérite de réajuster
réellement les analyses et de conforter les propositions
en vue d’un véritable “ programme de gauche ”
propice à la cohésion nationale. Au moment où le peuple
de gauche souhaite épouser le socialisme du troisième millénaire,
le Parti Socialiste doit rassurer les couches populaires
sans pour autant se détourner des autres classes sociales.
Beaucoup de militants socialistes espèrent que le prochain
congrès du Parti Socialiste ne sera pas le coffre-fort dans
lequel on enfermera leurs interrogations, leurs résolutions
et leurs propositions. Au contraire, qu’il sera le lieu
de la transformation des divergences en complémentarité,
l’arbre à palabre d’où germera le socialisme du XXIe
siècle.
Les propositions qui vont suivre, auxquelles s’associent
des socialistes humanistes, sont présentées par le club
de réflexion Enjeux Socialistes et Républicains en
vue du congrès du Parti Socialiste du 18 novembre 2005.
Elles constituent une infime synthèse d’un vrai projet socialiste
qui est largement développé dans l’ouvrage intitulé Un
nouvel élan socialiste.
I
– LE CONSTAT
Les
prémisses objectives du socialisme existent bel et bien
en France. De plus, le développement du mode de production
libéral ne cesse d’actualiser la contestation égalitaire.
La socialisation des moyens de production et d’échange à
l’échelle mondiale est donc plus que jamais vitale. Il faut
confirmer le socialisme comme garde-fou aux dérives libérales.
La social-démocratie et le stalinisme, en provoquant la
crise et la dislocation du mouvement populaire mondial,
se sont peu à peu éloignés des aspirations des couches populaires.
De nos jours, le besoin d’un Parti Socialiste du XXIe
siècle se présente sous des auspices nouveaux : d’où
la nécessité de s’appuyer, enfin, sur des institutions différentes
de celles de la Ve République.
La manière d’appréhender la justice sociale et la sécurité
n’est pas la même selon que c’est la gauche ou la droite
qui est au pouvoir. Tout comme la conception du plein-emploi
et de la croissance ne produit pas les mêmes effets d’un
système politique à un autre.
Tout le monde est conscient qu’il faille réformer aussi
bien le système éducatif, la sécurité sociale que l’État,
que le renouveau du dialogue social ne saura faire l’économie
de la juste place de la démocratie sociale et de quelques
pistes pouvant inciter la négociation collective à associer
la société civile. Personne n’ignore que l’environnement
est une préoccupation à satisfaire. Mais la finalité sera
forcément vue à travers le prisme de gauche ou de droite.
La République indivisible refuse d’assumer sa pluralité
culturelle, faisant ainsi semblant d’ignorer que l’idéal
républicain ne sera atteint que grâce au creuset et à la
synthèse de ses cultures. Elle a l’air d’oublier que la
Justice sociale consolidera la stabilité politique et la
cohésion nationale, que l’unité sociale de la France s’épanouira
encore plus si l’on cesse de bafouer les droits fondamentaux.
Le résultat du référendum du 29 mai 2005 nous renvoie à
l’Europe que nous voulons réellement, à la place des services
publics au sein de cette Europe, à la voie à choisir entre
le néolibéralisme et la social-démocratie, au fait que la
France ne peut pas rester indifférente à la mondialisation,
au développement et à la paix dans le monde ainsi qu’à la
modernisation des organismes onusiens. Quelle orientation
les relations futures entre la France et les pays d’Afrique ?
Autant de questions que les membres de notre club se posent.
Cette contribution a vocation à définir les grandes lignes
pouvant servir de socle à un projet socialiste qu’il faudra
approfondir ultérieurement.
II
– LES OBJECTIFS
Le
futur projet du Parti Socialiste pour l’élection présidentielle
de 2007 doit avoir pour finalité la cohésion nationale,
l’Europe démocratique et sociale, les problèmes que risque
de générer la mondialisation.
A
– À L’ÉCHELLE NATIONALE
La
consolidation du tissu social se définit dans une perspective
dont le contenu est démocratique et la forme politisée :
gouvernement du peuple, pour le peuple – le peuple
français étant souverain. Ses représentants doivent
en permanence avoir à l’esprit la gestion de la chose publique
et éviter de sombrer dans le cumul des mandats.
1
- Pour les droits et conquêtes démocratiques
Le
Parti Socialiste doit garantir les droits déjà acquis, en
conquérir de nouveaux et susciter les progrès démocratiques,
même les plus élémentaires. Ainsi est-il judicieux de parvenir :
–
à la limitation des mandats électoraux dans
le temps, meilleure garantie pour le renouvellement de la
classe politique ;
–
au statut de l’élu, véritable gage contre
non seulement le cumul des mandats, mais aussi des fonctions ;
–
à l’obligation de la représentativité, selon
le mérite, de la société française dans sa diversité dans
les instances des partis politiques, la haute fonction publique,
les médias, les grandes écoles, les assemblées politiques
(conseils municipaux, régionaux et départementaux, Parlement,
gouvernement), etc.
Afin
de matérialiser les revendications proprement socialistes,
il convient d’œuvrer encore plus pour un État fort susceptible
de protéger le peuple du libéralisme à outrance, soucieux
de l’égalité réelle des citoyens devant la loi – sans
distinction de sexe, de rang social, de race ou de religion –,
de la gestion désintéressée de la chose publique et d’une
République garante de la pluralité dans l’unité.
2
- Pour le droit au travail
La constitution
d’une armée industrielle de réserve, le chômage de masse,
les vagues périodiques de licenciements, l’explosion du
travail précaire et du travail à temps partiel sont autant
des méfaits incontestables du libéralisme. Face à cela,
le Parti Socialiste doit impérativement :
–
renforcer les dispositifs pouvant empêcher
les licenciements abusifs ;
–
agir pour un vrai travail correctement rémunéré,
pour la transformation des contrats à durée déterminée en
contrats à durée indéterminée, pour l’interdiction des CDD
à répétition et du temps partiel imposé ;
–
ramener la durée des CDD de deux ans, comme
l’a imposé le gouvernement Villepin, à six mois maximum ;
–
encourager le recrutement par l’État et les
collectivités territoriales des fonctionnaires indispensables
au bon fonctionnement des services publics utiles aux citoyens ;
–
privilégier tout programme de grands travaux
d’utilité publique afin de faire travailler les chômeurs
et de construire ou de rénover toutes les infrastructures
nécessaires, en particulier les voies de chemins de fer,
les écoles, les dispensaires, les hôpitaux, les crèches,
les logements sociaux, etc. ;
–
proposer des emplois stables avec une réelle
perspective de carrière, une relance de la mobilité sociale
par la mobilité professionnelle.
Ni les progrès
technologiques et scientifiques, ni les salaires “ trop
élevés ”, sont la cause des maux dont souffrent les
couches populaires, mais l’essence même du système libéral.
Face à cette situation, le Parti Socialiste doit à juste
titre se prononcer pour :
–
l’alignement vers le haut des législations
sociales ;
–
l’extension des droits acquis des travailleurs ;
–
l’amélioration du taux de couverture de l’assurance-chômage,
du plafonnement des allocations, de la suspension des sept
jours de différé concernant la première indemnisation des
allocations, de la meilleure indemnisation des salariés
précaires et de la prise de dispositions particulières en
faveur des salariés âgés – allocation de remplacement
pour l’emploi (ARPE) et allocation chômeur âgé (ACA) ;
–
pour l’aide à l’insertion et à la réinsertion
des demandeurs d’emploi par la généralisation de dispositifs
de type convention de conversion.
Les acquis
sociaux étant toujours précaires et menacés, risquant très
souvent d’être bafoués par l’immoralité du système libéral
qui ne jure que par le seul profit, c’est incontestablement
le devoir du Parti Socialiste d’œuvrer en faveur :
–
d’un salaire minimum garanti uniforme ;
–
du principe qui veut qu’à travail égal, le
salaire soit égal (de l’égalité de salaire entre les femmes
et les hommes) ;
–
de l’indexation, ou la reindexation, des salaires
et des pensions sur l’évolution réelle du coût de la vie.
3 - Pour le droit à la santé
et à la protection sociale
Le droit à la santé et à la
protection sociale a, malheureusement, toujours été sacrifié
par les différents gouvernements pour des raisons liées
à la restriction budgétaire, voire, selon l’orientation
politique, pour faire des cadeaux aux mieux lotis. Afin
de mieux faire fac à la logique antagonique avec le système
de santé publique, il est nécessaire de :
–
contrer toute mesure susceptible d’aggraver
les inégalités dans l’accès aux soins ;
–
susciter l’augmentation des dépenses de santé
publique autant que de besoin, la “ maîtrise des dépenses
de santé ” n’étant pour la plupart des cas qu’un cache-sexe
d’une politique d’économie, faite au détriment des malades,
qui justifie les actions contre les suppressions de postes,
les fermetures de lits et de services ;
–
encourager le dépistage systématique et gratuit
des maladies graves aisément détectables, en particulier
les cancers ;
–
préconiser la prospection de pistes alternatives
susceptibles de faciliter la maîtrise démocratique de l’organisation
du système de santé universel, de définir le mode de financement
le plus juste possible et de faciliter l’implication des
instruments des démocraties politique et sociale.
Tout individu
a le droit de profiter davantage de sa retraite après avoir
travaillé une grande partie de sa vie. Rien ne saurait justifier
que l’on rogne sur cet acquis fondamental que représente
le droit à la retraite, incluant un montant décent des pensions.
Par ailleurs, tout doit être entrepris pour assurer une
autonomie maximale aux personnes âgées et le droit de séjourner,
si elles le souhaitent, dans des établissements spécialisés
de qualité.
Le Parti Socialiste
doit prendre clairement position pour :
–
le droit à la retraite le plus tôt possible
et au meilleur taux, la défense de l’âge de la retraite
contre toutes les tentatives de le relever : cela nécessite
le moyen de la financer ;
–
le maintien des régimes spéciaux et du code
des pensions, le retour aux 37,5 annuités et aux 10 meilleures
années ;
–
l’indexation des pensions sur les salaires,
la défense du régime de retraite par répartition ;
–
le maintien du système étatique de retraite
et un service public de maisons de retraite de qualité et
à bon marché ;
–
le droit à l’autonomie, à un service public
d’assistance à domicile par des personnels qualifiés.
Afin de combattre
efficacement l’accroissement incessant du taux de suicide
(notamment chez les jeunes privés d’avenir et les chômeurs),
aux maladies causées par le tabagisme et l’alcoolisme, il
est plus que jamais indispensable de :
–
renforcer les normes qualitatives pouvant
diminuer la nocivité du tabac (interdiction des substances
ajoutées au tabac selon une logique purement marchande) ;
–
développer les médecines du travail et scolaire ;
–
encourager le dépistage gratuit et systématique des
maladies liées au tabac et à l’alcool ;
–
mener une véritable politique de prévention
gratuite et systématique par les services publics de santé.
4 - Pour
le droit à l’instruction
L’instruction générale se fait notamment
par la diffusion du savoir. Elle vise à enrichir la culture
des masses populaires et à former l’esprit critique du plus
grand nombre d’entre elles. C’est dans la perspective d’une
instruction de haut niveau que le Parti Socialiste doit
œuvrer. Ainsi doit-il agir pour :
–
la formation continue afin d’apporter aux chômeurs les savoir-faire nécessaires
à la réussite de leur projet ;
–
que les salariés à temps partiel aient accès
à la formation continue dans les mêmes conditions que ceux
à temps plein ;
–
que la formation continue soit réorientée
vers les personnes les plus fragilisées, en l’occurrence
les chômeurs de longue durée, les travailleurs peu qualifiés
de plus de 50 ans ;
–
la gratuité de l’université et l’étatisation
des organismes de recherche publique ;
–
permettre à chacun de s’adapter à l’évolution
rapide des compétences et des métiers, tandis qu’à l’école
de s’adapter constamment à la diversité des publics pour
tendre vers une obligation de résultats ;
–
la démocratisation des savoirs et des savoir-faire
afin de relever le pari de la connaissance et de renforcer
le capital humain, l’objectif étant de ne pas décourager
la formation initiale ni inciter à des sorties précoces
du système éducatif ;
–
la gratuité et l’ouverture à tous les enfants
scolarisés des activités périscolaires dans le cadre de
l’aménagement collectif en vue du bon usage du temps en
dehors de l’école.
5
– Pour la redéfinition de la politique de recherche
Le
gouvernement de gauche doit initier une réflexion visant
à redéfinir la politique de recherche française afin d’aboutir
à une augmentation considérable du budget de la recherche
à au moins, laquelle sera financée aussi bien par l’État
que par les collectivités locales. Il faut, par exemple,
envisager une interface entre la recherche, la clinique
et l’industrie en cancérologie. Une attention particulière
doit être portée sur la recherche publique et l’emploi des
jeunes chercheurs.
6
- Pour le droit au logement
Il
est choquant que la France, pays des droits de l’Homme et
du Citoyen, puisse compter à peu près 600 000 sans
domicile fixe et quelques milliers de personnes mal logées,
alors même qu’il existe encore un nombre considérable d’appartements
vacants et des locaux de bureaux vides dont l’unique fonction
consiste à contribuer au bonheur du marché de la spéculation.
Les socialistes doivent donc s’interroger sur le coût des
loyers extrêmement élevé, notamment dans les grandes villes
et leurs banlieues, ainsi que sur les logements trop souvent
exigus, voire délabrés ou même insalubres. Face aux expulsions
nombreuses et aux prêts usuraires pratiqués par les banques
vis-à-vis des ménages désireux d’acheter un logement, le
Parti Socialiste ne doit pas hésiter à préconiser :
–
la réquisition des logements vacants et la
transformation des locaux de bureaux vides en logements ;
–
le moratoire des dettes de loyer et le plafonnement
des loyers privés ;
–
les initiatives permettant de mettre un terme
à la ghettoïsation organisée de certaines cités ;
–
les prêts immobiliers à bon marché et le moratoire
des remboursements de prêts pour les ménages qui ne peuvent
plus payer.
7
- Pour le droit aux transports
Beaucoup de personnes sont contraintes
d’utiliser leur véhicule pour aller travailler, ce qui représente
des frais importants et des risques d’accidents supplémentaires.
Cela conduit aussi à rendre les villes invivables (bruit,
pollution, chauffards…). Le Parti Socialiste doit tenir
compte des préoccupations quotidiennes des Françaises et
des Français en encourageant le droit à des transports publics
à bon marché et de qualité, le tarif modéré pour certaines
catégories sociales à définir selon les revenus, le paiement
intégral par l’employeur des frais de transports entre le
domicile et le lieu de travail ainsi que le renforcement
des services publics de transports.
Par ailleurs, chaque année, des milliers ou des dizaines
de milliers de personnes sont fauchées dans les accidents
de la route. Face aux hécatombes sur les routes, on doit
cesser de prendre de temps à autre de superficielles mesures
répressives (renforcement médiatisé des contrôles les jours
de départ en vacances, inscription du délit de grande vitesse
dans le code pénal, discours moralisateurs…) qui ont comme
caractéristiques principales d’être à peu près inefficaces.
Ainsi est-il urgent de proposer :
–
la substitution optimale du train aux cars
(ouverture, ou réouverture, des “ petites lignes ”
et gares) et du fret ferroviaire et fluvial au transport
routier ;
–
la baisse des prix des transports en commun
urbains ; le prix modique pour certains usagers ;
–
un service public d’autobus et de trains à
prix modérés pour les jeunes le vendredi et le samedi soir ;
–
la diminution du temps de travail des chauffeurs
routiers et l’imposition par la loi de moteurs bridés aux
automobiles ;
–
les aménagements routiers nécessaires (doublement
des voies, doublement des glissières de sécurité, éclairage
des routes, etc.) ;
–
une politique de formation et de prévention
des automobilistes à bon marché et assurées par l’État.
8
- Pour l’égalité des droits relatifs à la vie commune et
au droit des enfants
En matière
de vie commune et de droits des enfants, il est primordial
de s’attaquer aux inégalités et aux discriminations :
inégalité entre les différentes catégories de couples, entre
les droits des enfants de ces couples, etc. Le Parti Socialiste
doit dénoncer et combattre ces inégalités en impulsant des
mesures en vue :
–
de la suppression du droit d’héritage lié
à la propriété des moyens de production ;
–
de l’égalité de tous les enfants devant l’héritage
des biens personnels ;
–
de l’égalité de tous les couples en matière
d’impôt, de sécurité sociale, de mutuelles, etc. ;
–
des allocations familiales pour les enfants
en fonction des revenus ;
–
d’une aide sociale particulière aux familles
monoparentales, ou aux familles à très faibles revenus ;
–
de l’égalité en droits des parents séparés
ou divorcés à l’égard de la garde de leurs enfants… ;
–
du droit à l’adoption sans obstacles administratifs
excessifs pour tous les couples.
9
- Pour la Justice sociale et la cohésion nationale
Sans Justice sociale, pas de stabilité politique. Sans partage
de pouvoir, pas de cohésion nationale. Tout le monde
est unanime sur le fait que, en France, la cohésion sociale
se dégrade de plus en plus.
Nous sommes convaincus que la richesse de la France réside
dans sa diversité, que le communautarisme conduit forcément
à l’impasse. Mais, que risquera-t-il de se produire, à court
ou long terme, si les Français d’origine non européenne
sont toujours rejetés par ceux qui sont censés les promouvoir ?
C’est parce que nous sommes conscients du fait
que le mérite reste le seul critère en vue de la gestion
de la chose publique que nous préconisons l’avènement d’une
“ France plurielle dans une République indivisible ”.
a) Les droits des femmes
Le Parti Socialiste a vocation à rallumer
et à entretenir l’idéal républicain en consolidant les droits
des femmes liés au cadre du travail, à la maternité, aux
divers remboursements par la sécurité sociale, aux centres
de planification familiale, aux crèches publiques à prix
modéré, etc. L’objectif, c’est l’égalité entre les hommes
et les femmes. Des propositions progressistes allant dans
ce sens doivent être encouragées.
b) Les
droits des personnes handicapées
Le Parti Socialiste ne doit pas non plus rester
indifférent aux insuffisances des structures publiques de
soins et d’instruction des handicapés, ni aux carences et
au non-respect des clauses du droit au travail, ni aux déficiences
des aménagements des lieux publics requis pour rendre leur
vie quotidienne la plus autonome.
Soucieux de la condition humaine, les socialistes doivent
imposer le respect des droits de la personne humaine et
exiger une politique de rupture avec la logique de la rentabilité
libérale. Tout gouvernement de gauche doit donc agir en
faveur :
–
des différentes structures spécialisées de
service public pour assurer dans les meilleures conditions
les soins, l’instruction et la formation des personnes handicapées ;
–
de l’élévation des quotas de personnes handicapées
parmi les personnels des entreprises et des services publics,
sur la base de l’égalité des salaires, de l’emploi du temps
adéquat à leur handicap, si nécessaire, et de la prise en
charge par l’employeur des aménagements matériels indispensables
à l’accueil et au travail de ces personnes ;
–
de la défense et du développement des droits
liés à l’invalidité partielle (telle la titularisation d’office
des contractuels dans la fonction publique, etc.) ;
–
des aménagements des lieux publics pouvant
faciliter les déplacements des handicapés physiques.
c)
Le miroir de la société
Par ailleurs, on ne peut que déplorer l’absence dans
les chaînes de télévision d’animateurs et de présentateurs
d’origine non européenne. Pourquoi une telle frilosité en
France, alors dans certains pays européens, notamment l’Angleterre,
la diversité ethnique dans les médias ne pose aucun problème ?
Pourtant, la télévision doit refléter la réalité de
la société.
Concrètement, quels efforts fournissent lesdites chaînes
dans la promotion des gens de différentes communautés dans
la programmation de leurs grilles ? Tout gouvernement
de gauche doit faire cesser l’hypocrisie qui veut que l’on
s’abrite chaque fois derrière les arguments qui consistent
à faire semblant d’ignorer, par exemple, la diversité ethnique
et culturelle des diplômés des écoles de journalisme.
Il suffira de demander aux services publics de
mener des “ actions positives ” au profit des
victimes d’une quelconque pensée unique très néfaste à l’égalité
républicaine. Néanmoins, des précautions doivent être
prises pour ne pas se heurter à l’écueil constitutionnel.
d) Les
droits des minorités ethniques, religieuses et linguistiques
On ne peut pas occulter plus longtemps la réalité de
la représentation des minorités ethniques et visibles dans
l’espace public français, ni leur place dans la gestion
de la chose publique et dans la haute administration, ni
leur invisibilité dans les médias. L’absence de leur représentativité
dans la classe politique et leur situation face au droit doit
interpeller la conscience française.
Le principe de la laïcité, qui a vocation à rassembler,
doit, en toute logique, permettre à tous les citoyens français,
toutes croyances confondues, d’avoir les mêmes devoirs et
de jouir des mêmes droits. Un effort collectif s’impose
pour modifier l’approche française respective des minorités
religieuses pour parvenir à un climat de tolérance mutuelle
et de respect pour les diverses croyances religieuses, conformément
aux accords internationaux des droits de l’Homme. Les socialistes
doivent mettre en œuvre des dispositifs pouvant permettre
à tous les enfants de la République, indépendamment de leurs
convictions religieuses, de participer au développement
et à l’essor de la société.
Quel sera le visage de la France demain, à une époque où
les régions gagnent progressivement en autonomie, dans cette
Europe démocratique qui s’est construite, depuis la fin
de la Seconde Guerre mondiale, sur le respect des différences
linguistiques et culturelles de ses peuples et de ses nations ?
À l’heure de l’émergence d’une démocratie européenne, il
est indispensable de refonder le pluralisme de la société
française même si cela doit nécessiter la réforme de la
Constitution. Il y va de la cohérence du système français
des libertés publiques, de la mise en question des valeurs
fondamentales de la République auxquelles les Françaises
et les Français sont attachés. Bref, de l’image même de
la République qui, si elle n’évolue guère, sera victime
de la sclérose. Mais une simple réforme constitutionnelle
portant sur la seule reconnaissance des langues régionales
et la révision de l’article 2 de la Constitution sera insuffisante.
Les mentalités doivent aussi changer.
e)
Les droits des immigrés
L’inégalité dans le développement entre les différents pays
de la planète pousse des millions d’hommes et de femmes,
en proie à la pauvreté dans leurs pays d’origine, à tenter
de s’en sortir en immigrant vers des pays plus riches. Or,
dans ces pays d’accueil, les immigrés, dont les enfants
détiennent pour la plupart la nationalité française, sont
souvent traités comme des citoyens de seconde zone. Beaucoup
d’entre eux sont renvoyés manu militari dans leurs
pays d’origine – même quand ils n’ont plus aucun lien
avec ces prétendus “ pays d’origine ”.
Il revient au gouvernement de gauche de faire en sorte que
les étrangers ne soient plus contraints par les lois à une
clandestinité qui les prive de tous droits et les livre
à une exploitation maximale, d’éviter que les travailleurs
immigrés à qui l’on a autorisé le droit de séjourner sur
notre sol soient injustement fragilisés. La gauche au
pouvoir doit revenir sur toutes les mesures inhumaines qui
ont été prises, en la matière, par les précédents gouvernements
de droite.
Le Parti Socialiste doit combattre les préjugés discriminants
et racistes, œuvrer à l’unité des “ nationaux ”
et des immigrés qui souffrent de la même façon dans des
ghettos urbains. Les quotas en matière d’immigration ne
résoudront pas l’inégalité des citoyens devant la loi, ils
ne consolideront guère la laïcité de l’École et de l’État
et ne s’en prendront pas non plus à la détérioration des
droits des travailleurs, qu’ils soient étrangers ou non.
Ils n’éviteront pas non plus l’immigration clandestine.
Il revient naturellement à tout gouvernement de gauche de
faciliter :
–
la naturalisation des étrangers vivant et
travaillant sur notre sol, s’ils le souhaitent ;
–
l’égalité complète des droits sociaux entre
les travailleurs “ nationaux ” et étrangers ;
–
la possibilité de régulariser les “ sans-papiers ”
qui, vivant en France depuis un certain temps, sont administrativement
non expulsables et bénéficient d’un emploi ou d’une promesse
d’embauche ;
–
l’abrogation des lois anti-immigrés, l’application
du droit du sol intégral, la fermeture des camps de rétention ;
–
une politique de coopération humaniste avec
les pays d’immigration.
Par ailleurs, il est nécessaire, au
regard des accords internationaux, de faire prévaloir le
respect du droit des demandeurs d’asile et des droits des
réfugiés politiques. Cela sauvegardera l’image de la France,
Terre d’asile. Dans ce domaine, notre pays, qui plus
est le berceau des droits de l’Homme et du Citoyen,
doit renouer avec la justice et le bon sens afin de sortir
de l’arbitraire et de l’injustice, d’en finir avec les disparités
préfectorales dans le traitement des dossiers relatifs à
la demande d’asile politique et de revoir la situation des
“ faux déboutés ” du droit d’asile…
Le futur gouvernement de gauche doit agir pour que l’instruction
des dossiers permette aux demandeurs d’asile de bénéficier
d’une procédure juste et équitable assortie d’un certain
nombre de garanties fondamentales. Ainsi les préfets doivent-ils
tenir compte, dans l’étude desdits dossiers, de l’ancienneté
du séjour, de l’existence des liens familiaux en France,
de l’insertion dans la société française, de la situation
dans le pays d’origine, de l’aspect humanitaire, etc.
f)
Le droit de vote et d’éligibilité des ressortissants non
communautaires
L’ancien candidat du Parti Socialiste à la présidence de
la République, François Mitterrand, avait promis dans ses
110 propositions d’accorder aux étrangers vivant en France
le droit de vote aux élections locales. Depuis le 10 mai
1981, date de son élection, les étrangers attendent toujours
ce que, devenue depuis une arlésienne socialiste,
on leur avait promis. Les promesses électorales n’engagent
que ceux qui les écoutent ?
L’exigence démocratique découle de la communauté d’intérêts
entre les habitants d’une même collectivité : d’où
le droit pour chacun de prendre part à l’élaboration des
décisions qui le concernent. Cela nécessite que soit
reconnu aux étrangers, comme c’est déjà le cas pour quelques
résidents après s’être établis depuis un certain
temps sur le sol national, le droit de vote et d’éligibilité
aux élections locales et européennes. La réussite de l’intégration
en dépend. L’un des leviers de l’intégration, c’est tout
simplement le fait de participer aux décisions relatives
à la vie quotidienne ; c’est également le fait d’être partie
prenante, avec tous les autres habitants, du choix d’équipements
et de services publics.
La reconnaissance du droit de vote et d’éligibilité
aux élections locales et européennes aux ressortissants
d’origine non européenne participe du processus de l’intégration.
Elle n’est nullement l’aboutissement de celui-ci. Au contraire,
elle permettrait aux étrangers électeurs de se sentir acteurs
de la vie politique locale et européenne au même titre que
les citoyens français et ceux de l’Union européenne. Il
revient à la société française, dans son ensemble, et la
classe politique, en particulier, de montrer ainsi leur
penchant pour la personne humaine et son épanouissement.
10
- Pour la défense de la jeunesse
La jeunesse
doit jouir pleinement du droit à profiter de la vie, à être
indépendante, à construire son propre avenir. Il faudrait
agir pour que le taux de suicide, chez les jeunes, baisse.
C’est pourquoi le Parti Socialiste doit réfléchir à la façon
dont la jeunesse peut poursuivre son parcours et à son autonomie
par rapport à la famille. L’objectif consistera à mieux
accompagner les jeunes, par une démarche personnelle de
formation et d’insertion, pendant la période de transition
où l’autonomie se construit plutôt qu’elle ne se décrète.
Le combat pour préserver la jeunesse de la destruction
par les drogues repose sur une réelle mobilisation. Au lieu
de tergiverser entre la position de ceux qui prétendent
que la pénalisation permet de lutter contre la drogue et
de ceux qui prônent la dépénalisation pour mieux se dispenser
du nécessaire combat contre les vraies causes de l’extension
du trafic de drogue et les ravages que celle-ci provoque
auprès de la jeunesse, il vaudrait mieux dénoncer la fonction
économique des drogues et se prononcer :
–
pour la levée du secret bancaire et le contrôle
des mouvements de capitaux placés dans les banques et de
leur origine ;
–
pour la dénonciation de tous les “ paradis
fiscaux ” ;
–
contre les plans de certains organismes internationaux
et de quelques pays riches qui contraignent de la manière
la plus cynique possible une certaine population à ne produire
que de la drogue afin de survivre ;
–
pour une véritable politique de prévention
et de protection de la jeunesse.
Il faut par
contre écarter la perspective d’une allocation d’autonomie
universelle, en d’autres termes d’un revenu d’existence
pour les jeunes. En institutionnalisant la jeunesse, on
risque en toute probabilité de reconnaître un statut
jeune intermédiaire entre le parcours éducatif et l’accès
à l’emploi. Il est préférable de rejeter la facilité
de l’assistance directe à une période de la vie où la personne
doit s’efforcer d’accéder à l’autonomie par les études et
par l’emploi. La situation démographique et l’impératif
de relèvement du taux d’activité sont aussi des dimensions
macrosociales importantes qui doivent éclairer les choix.
L’autonomie, au sein d’un parcours de formation et d’insertion,
doit tenir compter des instruments existants et des types
de prestations à mettre en pratique. Une réflexion sérieuse
s’impose donc sur les différentes formes d’aides concernant
les prestations en espèces, les remboursements de frais
ainsi que les subventions à des projets.
L’autonomie, même si elle est une condition de l’insertion,
ne doit pas constituer une fin en soi pour les jeunes adultes.
Un gouvernement de gauche doit faire en sorte que le
jeune accède véritablement à l’autonomie par l’indépendance
financière que la détention d’un emploi confère et par l’installation
dans un foyer séparé des parents.
S’agissant de l’indemnisation du chômage,
on doit pousser l’audace plus loin que la convention entre
l’État et l’Unedic pour ouvrir des droits aux demandeurs
d’emploi dès lors qu’ils ont travaillé quatre mois sur les
dix-huit (et non plus huit) derniers mois. Par ailleurs,
une réflexion de fond sur les différentes forme de l’aide
– les aides en nature, les remboursements de frais,
les subventions à des projets… – reste d’actualité.
11
- Pour un renouveau du dialogue social
Afin de mieux
réussir le renouveau du dialogue social, le Parti Socialiste
doit à tout prix prospecter les différentes pistes pouvant
accorder à la démocratie sociale l’importance qui doit être
la sienne. Pour cela, il doit prendre en compte la juste
place de la démocratie sociale et l’enjeu de la prévention
des licenciements économiques. Ainsi s’imposent quelques
pistes en faveur du renouveau de la négociation collective
en vue d’une relance majeure du dialogue social, d’un élargissement
de la négociation collective vers les grands acteurs associatifs
et de la mise en valeur des sujets de négociation pour le
plein-emploi dans les meilleures conditions possibles.
La relance économique, financière et sociale aura pour vocation
première d’obtenir des acquis matériels, intellectuels et
moraux pour le bienfait de l’Humanité. L’approche libérale,
voire ultra-libérale, qui dicte les actes des différents
gouvernements à la solde de Jacques Chirac se caractérise
surtout par la politique de baisses systématiques d’impôts.
Résultats ? Le déséquilibre de l’Unedic, la dégradation
des comptes de la sécurité sociale, la baisse du pouvoir
d’achat avec ce que cela implique comme corollaires, une
factice relance de la croissance, etc.
Dans ce contexte, un syndicalisme très fort constituera
une meilleure garantie contre d’éventuels dérapages du patronat
ou du gouvernement et garantira une sécurité sociale solidaire
et égalitaire.
Afin de sortir la France de l’impasse dans laquelle la cantonne
ignominieusement Dominique de Villepin, son prédécesseur
Jean-Pierre Raffarin ayant agi de même avant lui, avec la
bénédiction de Jacques Chirac et la complicité de Nicolas
Sarkozy, la gauche doit lui éviter l’enlisement à très court
terme. Il est donc indispensable de soutenir la consommation
par tous les moyens, de rénover le système de prélèvements
patronaux et salariaux et d’impulser une politique dynamique
de création d’emploi. Une fois de retour au pouvoir,
les socialistes devront redonner, à l’issue de la suffocante
expérience libérale, un véritable coup de barre à gauche.
12
- Pour l’éducation en tant que source des connaissances
et des valeurs
Le pari de la connaissance par
l’école ne peut que renforcer la formation en vue du plein-emploi
et contribuer essentiellement aux politiques d’éducation.
Une véritable ambition privilégiant l’enrichissement des
pratiques et l’intégration, déconnectée de toute marchandisation
concernant la consommation privée, participera d’un point
de vue culturel au progrès en dehors du temps scolaire.
Il est à noter aussi que la formation initiale ne devra
en aucun cas faire les frais d’une négligence inconsciente.
L’enjeu de la connaissance par l’école passera par un renforcement
de la formation en vue du plein-emploi, la contribution
essentielle des politiques d’éducation et de formation,
la formation initiale, composante primordiale de l’éducation.
Par ailleurs, le droit à un environnement enrichi en dehors
du temps scolaire doit-il être laissé à l’initiative privée ?
Pour bien articuler le temps scolaire et le temps périscolaire,
il est important de s’interroger sur la formation des enfants
à la citoyenneté et à la vie adulte, l’approfondissement
de la démarche des contrats éducatifs locaux, une ambition
d’enrichissement des pratiques et d’intégration, les conditions
de l’enrichissement culturel du temps hors scolaire, le
refus de la marchandisation liée à la consommation privée
et le contenu culturel des contrats éducatifs locaux et
des contrats de ville.
13
- Pour la réforme de l’État
Le problème
de la réforme de l’État a souvent été mal posé. Cette question
dépend surtout de l’efficacité du service public. Il faudrait
qu’un jour l’ensemble des forces vives de la nation se donne
la peine de prendre leur courage à deux mains et se décide
à s’attaquer de manière sérieuse à ce problème qui, s’il
n’est pas réglé à temps, risque un jour de mettre la France
en porte-à-faux vis-à-vis de certaines directives européennes.
Comment faire, dans la réalité, pour que cette réforme de
l’État prenne corps ? Quelques axes apparaissent essentiels :
–
l’allégement des tâches assurées par l’État ;
–
un profond changement dans les méthodes de
travail de l’État et dans la gestion de ses personnels ;
–
l’application pleine et intelligente de la
réforme budgétaire ;
–
une relance ardue de la décentralisation et
la délocalisation des budgets afférents.
L’amélioration
du service au public par les services publics, c’est la
meilleure réponse aux attentes des usagers. Elle ne pourra
que contribuer à la préoccupation de chaque service public
dans ses prestations. L’objectif consiste à :
–
mieux cerner les différentes catégories de
bénéficiaires des services publics ;
–
mieux asseoir la garantie nationale des droits
et développer une attention accrue aux publics fragilisés ;
–
améliorer davantage l’accès aux services publics
par l’information ;
–
mieux assurer la médiation, pour contribuer
à dénouer les situations difficiles – même si elle
ne doit pas dispenser chaque service public d’accorder une
attention prioritaire aux réclamations, surtout en identifiant
systématiquement une personne responsable des relations
avec les usagers et ayants droit ;
–
perfectionner la qualité de service qui reste
une préoccupation surtout relationnelle et fonctionnelle ;
–
mettre en œuvre des réformes touchant le service
aux publics ;
–
s’adonner à une simplification administrative,
une adaptation des structures et des moyens ;
–
mieux maîtriser la réforme de l’organisation
et le fonctionnement des différents services publics.
14 -
Pour mieux articuler justice et sécurité
Devrait-on
nécessairement repenser la justice et la sécurité à chaque
alternance politique ? Comment concilier de la manière
la plus efficace ces deux domaines à plus forte raison indissociables ?
Pour ce qui relève de la justice et de la sécurité, les
éventuelles mesures à préconiser devront tenir compte du
vécu concret des acteurs de terrain. Tout comme les hypothétiques
sanctions devront être compensées par la prévention.
L’articulation de la justice et de la sécurité est un
lien certes nécessaire, mais insuffisant. De plus, le Parti
Socialiste devrait proposer que la justice soit envisagée
comme instrument de cohésion. En ce domaine, aucun individu
ne doit être avantagé au détriment d’un autre : d’où
l’épineux problème de l’égal accès de tous les citoyens
à la justice. Quelques paramètres doivent être envisagés :
–
la justice comme instrument de cohésion sociale :
l’accès à la justice ;
–
l’intervention de l’Éducation nationale dans
la prévention ;
–
la coopération avec les pays d’origines des
délinquants et des réseaux internationaux de prostitution ;
–
le budget de la justice doit être à la hauteur
de l’enjeu ;
–
la meilleure compréhension du langage, des
structures et du minimum des procédures judiciaires ;
–
une justice recentrée sur ses missions ;
–
la justice française dans le contexte européen
;
–
la justice des mineurs : nouveaux risques,
nouveaux défis ;
–
la prison, zone de non-droit ?
15
- Pour la protection de l’environnement
Le développement
anarchique de l’économie libérale provoque une détérioration
rapide, massive et largement irréversible de l’environnement.
Au lieu de se contenter des “ mesurettes ” plus
médiatiques qu’efficaces, le gouvernement de gauche doit
au contraire faire des propositions allant dans le sens :
–
de la défense et de l’extension de la réglementation
existante concernant les usines polluantes, ou potentiellement
dangereuses, en vue de l’application des moyens appropriés
(notamment la formation et le recrutement d’inspecteurs,
protégés par un statut contre les pressions du patronat
et d’autres lobbies, et ne devant rendre des comptes qu’à
l’État) ;
–
de la défense du caractère étatique des entreprises
d’énergie, de la renationalisation des entreprises d’énergie
privatisées ;
–
d’un programme de remplacement progressif
des énergies actuelles par des énergies moins polluantes
– ce qui inclut le développement de la recherche sur
les énergies non polluantes, le reclassement des personnels,
si nécessaire, avec des postes et des salaires au moins
aussi favorables ;
–
des mesures pouvant contraindre les groupes
qui polluent à payer pour la réparation des dommages qu’ils
ont causés, sous peine d’expropriation.
Plus que jamais, l’environnement doit devenir une préoccupation
primordiale. Pour cela, le Parti Socialiste ne doit plus
sous-traiter à d’autres partenaires les thèmes liés à l’écologie.
Il doit plutôt définir un vrai programme écologique en matière :
–
de variations
climatiques, qui restent la source d’inquiétude contemporaine ;
–
de lutte contre
la pollution de l’air et l’effet de serre : les effets
des ondes électriques et électromagnétiques, la qualité
de l’air ambiant… ;
–
de planification,
de contrôles des sources d’émissions, d’amélioration de
la qualité de l’air intérieur, de dispositif de surveillance
de la qualité de l’air, de recherche sur les pollutions
atmosphériques d’origine agricole ainsi que d’énergies de
substitution ;
–
de services
publics puissants pour l’environnement ;
–
de gestion
de l’eau, en allant plus loin qu’un simple projet de loi ;
–
d’assainissement
de gestion des déchets par le biais d’incitation fiscale :
l’élimination des déchets et leur recyclage, la collecte
sélective ;
–
de transports
de qualité en toute sécurité ;
–
d’échange
entre les opérateurs et les entreprises.
B.
À L’ÉCHELLE EUROPÉENNE
Le véritable enjeu réside plutôt,
de nos jours, dans la confirmation et la consolidation de
cette construction européenne. Quelle Europe voulons-nous
réellement face aux nouveaux défis ? Quelle ambition
pour l’Europe du futur, après le rejet par le peuple français
du projet constitutionnel ? Quelles seront la réaction
et les actions de l’Europe d’un point de vue social face
au chômage, aux précarités et aux délocalisations ?
Comment se définira-t-elle, à l’ère de la mondialisation,
par rapport aux conflits armés et aux guerres civiles, à
la criminalité, au terrorisme, aux trafics d’êtres humains,
à la montée en puissance de différentes formes d’intégrismes,
aux pandémies, à la famine qui retardent le développement
de quelques pays de l’hémisphère Sud ?
a) Une
vraie clarification sur quelques domaines
Quoi que l’on puisse dire, le Parti Socialiste
doit sans doute commencer par clarifier sa position sur :
–
l’Europe fédérale ou la fédération des États-Nations :
la définition des objectifs du pouvoir, la présidence européenne
et les autres droits sociaux ;
–
une politique sociale et de l’emploi commune :
le rôle des syndicats et des mouvements sociaux, les conditions
nécessaires en vue de l’unité européenne, l’harmonisation
de certaines politiques ;
–
l’Europe et les services publics : une
charte des services publics européens ;
–
l’Europe de la culture : une politique
ambitieuse en vue de la culture pour tous ;
–
la coopération européenne, les affaires intérieures,
l’immigration et le droit d’asile politique ;
–
la politique étrangère et de sécurité commune
de l’Europe (PESC) : l’Europe et les ACP, les relations multilatérales au détriment
des bilatérales ;
–
une Europe sociale, laïque, démocratique et
politique ;
–
entre le social-libéralisme et la social-démocratie.
De
toute manière, il est nécessaire de créer un véritable pouvoir
politique de l’Europe, surtout pour contrôler le pouvoir
financier, particulièrement les décisions de la Banque Centrale
Européenne (BCE) – les décisions financières devant
être en cohérence avec les objectifs politiques de l’Europe –
et définir les grandes orientations sur ce que doit être
l’Europe de demain.
La France socialiste ne pourra en aucun cas faire l’économie
de quelques points clefs qu’elle devra un jour approfondir.
Il s’agit :
–
du maintien et du développement des services
publics en vue de l’égalité d’accès à l’éducation, à la
santé, aux transports, à l’eau, à l’énergie, au secteur
paramédical (prévention), etc. ;
–
du développement et de l’harmonisation des
systèmes sociaux pour éviter les effets pervers des disparités
– en ce qui concerne surtout les prélèvements sociaux,
les retraites, la fiscalité et l’emploi – et pour lutter
contre les délocalisations et les dumpings fiscal et social ;
–
de la réaction idoine face aux grands problèmes
de société et de l’harmonisation des solutions entre les
pays de l’Union européenne en matière de lutte contre la
drogue, de politique de l’immigration et du droit d’asile,
d’aide aux pays en voie de développement…
b) L’aspect
culturel
Sur le plan culturel, le grand défi
consistera à rapprocher les cultures de l’espace européen,
à les rendre palpables au quotidien, à les banaliser par
le dialogue. Le fait de consacrer un budget équivalant
au moins à 2 % du PIB de l’Union européenne permettra
de susciter une dynamique adhésion populaire des citoyens
en quête de plénitude intellectuelle et de jouissance culturelle.
c)
L’accueil des étrangers
Pour ce qui est de l’accueil des étrangers, l’Europe
doit mener les actions suivantes :
–
une politique commune entre tous les pays ;
–
la non-confusion du droit d’asile politique
et de l’immigration économique et la mise en place d’une
politique d’accueil spécifique pour chacun de ces cas ;
–
une convenable politique intégrale de l’immigration
coordonnée sous différents aspects liés à une véritable
politique d’accueil et d’intégration des populations immigrées
en Europe, au partage des valeurs européennes par le biais
de l’apprentissage civique et culturel (connaissance des
droits et des devoirs) et de l’accès à la formation pour
éviter le travail illégal.
d) Un ministère
européen de l’Immigration
Pour plus d’efficacité, il serait plus cohérent
de mettre en place un ministère européen de l’Immigration
pour consolider l’intégration et l’insertion des personnes
concernées, renforcer leur autonomie, veiller à l’harmonisation
des différentes cultures et à réduire les inégalités face
aux comportements xénophobes.
Ce ministère permettra, entre autres, à l’Union européenne
d’agir, par rapport aux pays d’immigration, de plusieurs
manières afin de :
–
renforcer l’aide humanitaire ;
–
mener une politique d’aide économique et politique
en ayant pour objectif premier de rendre ces pays autonomes,
notamment en contribuant au maintien des personnes formées
dans leur pays d’origine par le truchement d’accords de
coopération économiques, culturels, de formation… ;
–
encourager la paix et la coopération entre
les pays tiers en référence au processus de constitution
de l’Europe, surtout en développant des accords régionaux
et en suscitant des pactes locaux de non-agression ;
–
encourager ces pays de manière sélective selon
leur adhésion aux valeurs de l’Europe telles qu’elles ont
été définies : respect des droits de l’Homme et des
institutions démocratiques, tout en prenant en compte l’identité
et la spécificité de chaque pays.
e) La politique
étrangère et de sécurité commune
Quant aux volets relavant de la politique étrangère
et de sécurité commune proprement dite, l’Europe a surtout
intérêt à :
-
mettre en place un véritable pouvoir politique
européen supranational (fédéral ou non) ;
-
élaborer des objectifs politiques conformes
à ses valeurs, telles qu’elles sont définies par le traité
d’Amsterdam : démocratie, respect des droits de l’Homme
et des libertés fondamentales, État de droit ;
-
affirmer la spécificité de l’Europe par rapport
à un développement mondial ultra-libéral, surtout en matière
de services publics ;
-
apporter une aide adaptée aux pays les moins
avancés dans le respect de leur identité culturelle.
Les principes
d’une véritable politique de sécurité et de paix européenne
doivent s’appuyer sur des objectifs et des actions concrètes.
Il faut donc apporter un appui solide pour constituer, ou
reconstituer, un cadre institutionnel viable dans les pays
menacés de désintégration politique et sociale. Pour atteindre
cet objet, on doit :
–
constituer un véritable programme d’action
qui apportera une aide à la maturation politique des pays
qui le souhaitent ;
–
trouver un terrain d’entente avec les États-Unis
dans certains domaines (par exemple un éventuel partenariat
dans le cadre des Nations Unies, etc.) ;
–
mettre en œuvre des moyens plus qualitatifs
dans ses actions et éviter l’écueil du choc des cultures ;
–
se doter de moyens militaires plus puissants
qui nécessiteront un gros effort d’investissement, ses moyens
étant nettement insuffisants comparés à ceux des États-Unis.
f) La résolution
des conflits dans les pays du Sud
Sur la résolution des conflits dans les pays ACP,
surtout dans les pays africains, les socialistes européens
doivent œuvrer pour que l’Europe :
–
incite les institutions financières internationales
(FMI, Banque Mondiale, OIT, OMC, OMS, FAO, etc.) à geler
les aides accordées aux États qui participent militairement
à l’agression d’un pays tiers ;
–
encourage, pour ce qui est de l’Afrique, la
mise sur pied d’une armée régionale interafricaine efficace
dotée d’un pouvoir d’intervention en faveur des intérêts
des peuples – cette force interafricaine, mieux acceptée
et dépendant directement du Conseil de paix et de sécurité
de l’Union africaine, collaborera dans certaines circonstances
avec l’ONU ;
–
propose une ingérence onusienne, au cas où
l’Union africaine aurait besoin d’une aide extérieure au
continent, dans des pays où les guerres civiles sont les
conséquences directes du pouvoir en place ;
–
favorise les initiatives locales et régionales
en encourageant le rôle déterminant des élites locales et
régionales (politiques, économiques, intellectuelles, religieuses,
associatives, etc.) ;
–
initie, enfin, la mise en place, voire le
renforcement, des unions douanières entre les pays ACP.
Toutes
ces propositions ne seront possibles que grâce à une Europe
économique, sociale, culturelle et politique dont la Constitution
susceptible de renforcer les valeurs démocratiques et de
permettre l’évolution des institutions. Voilà pourquoi,
dans les négociations ultérieures, le Parti Socialiste doit
à nouveau poser les sept conditions contenues dans le texte
qui a été adopté à l’unanimité des courants au Conseil National
du 10 octobre 2003.
C.
À L’ÉCHELLE MONDIALE
L’Union européenne,
si elle réussit son unité en matière de politique étrangère
et de défense commune indépendante de toute puissance extérieure,
pourra jouer un rôle considérable en faveur de la paix dans
le monde. Son intervention en vue de la pacification ne
pourra qu’épargner des milliers de vies humaines et renforcer
un partenariat avec l’Union africaine, pour ce qui relève
de l’Afrique, en vue de la stabilité dans la région des
Grands Lacs, en Afrique de l’Ouest, notamment en Côte d’Ivoire.
Il en sera de même avec d’autres régions du monde comme
le Proche-Orient, les Balkans, l’Irak, etc.
a) Les
réponses à la mondialisation
Sous l’impulsion des socialistes européens, il
est nécessaire que l’Europe se penche sérieusement sur :
–
les solutions concrètes à apporter par rapport
aux effets de la mondialisation et aux méfaits du sous-développement
sur les plans de l’éducation, de la réforme des règlements
du commerce mondial, de la responsabilité des organismes
internationaux, de la lutte contre la fracture numérique,
etc. ;
–
l’instauration d’un salaire minimum mondial,
pour éviter l’exploitation des salariés des pays pauvres
et les délocalisations à outrance favorables au libéralisme
sauvage ;
–
la suppression de la dette des pays en développement
et la revalorisation de l’aide publique au développement ;
–
les réponses en vue de la paix dans le monde
concernant le commerce des armes, le retrait des bases militaires
françaises d’Afrique et l’éthique internationale humaniste ;
–
le nouveau rôle des Nations Unies : leur
rénovation, le droit d’ingérence beaucoup plus efficace,
fruit d’une concertation plus large, et au profit des peuples ;
–
le concours de la Francophonie à une civilisation
universelle ainsi que son apport sur le progrès des moyens
de transport, de communication et de transmission des idées
et des pensées, des identités culturelles, sur l’espace
économique francophone, etc. ;
–
la création d’une agence internationale chargée
de l’environnement ;
–
un nouvel ordre international en vue d’un
monde pacifié, d’un nouveau partenariat avec l’hémisphère
Sud basé sur du concret.
b)
La fracture numérique
Le défi de l’avenir consistera à éviter la fracture
numérique qui, actuellement, avantagera les pays industrialisés
au détriment des pays pauvres. L’écart qui se creuse de
manière considérable entre les pays en voie de développement
et les pays industrialisés risque de faire disparaître la
catégorie intermédiaire, celle des pays en développement,
marquant ainsi sans ambiguïté la différence entre les pays
développés et les pays sous-développés.
Les socialistes européens doivent mener des initiatives
ardues pour que les pays occidentaux ne soient plus de simples
bailleurs de fonds, mais se transforment en bailleurs de
technologie.
c) Une
éthique internationale humaniste
Une éthique internationale humaniste devrait interdire
le clonage de l’être humain à des fins reproductives. En
matière d’écologie, aucun pays ne devrait s’exonérer moyennant
finance. Aucune nation ne devrait se refuser à interdire
la barbarie des mines antipersonnel. Ainsi les organisations
internationales inspirées par de grands idéaux devraient-ils
se coaliser pour imposer déontologie et régulation éthique
dans le sport, les médias, l’environnement en vue de l’épanouissement
de la civilisation universelle.
III
– EN GUISE DE CONCLUSION
Le Parti Socialiste
doit mettre un terme au système politique hybride qui consiste
à puiser dans le réformisme les avantages qu’offre la gestion
du parti et à emprunter, par ailleurs, au stalinisme les
méthodes de conquête et de maintien au pouvoir. De ce fait,
la direction du parti s’exerce sur la base du monisme politique.
Par ailleurs, il ne suffit pas de comprendre les enjeux
à venir, mais de les épouser pour transformer la société.
Nous, socialistes, devons-nous continuer à ignorer les couches
populaires après tout ce qui s’est passé, ces derniers temps,
sur les plans électoraux ? Cessons d’être des théoriciens
du socialisme pour devenir, comme aurait dit un socialiste
célèbre, des défenseurs de la cité des Hommes. Ne séparons
jamais l’action de l’idée, la réflexion du militantisme.
En restant lucides par rapport à nos erreurs, nous retrouverons
le souffle qui insuffle les grandes perspectives.
1
- Le système interne
Outre les
réformes fondamentales du système interne, il est opportun
de suggérer quelques pistes des changements souhaités dans
la gestion de la chose publique :
–
Qu’il soit reconnu sans équivoque que le parti
n’est pas la nation et que l’organisation politique doit
être distincte du gouvernement. Il est, par conséquent,
impérieux d’éviter que le Parti Socialiste soit très souvent
le godillot d’un gouvernement de gauche. On attend du Parti
Socialiste, dans la configuration où un gouvernement socialiste
gère la France, d’être une sorte de garde-fou.
–
Que tous les camarades soient soumis à des
statuts stables et aux circulaires qui ne pourront désormais
être adoptés ni modifiés qu’au seul profit du parti, dans
le respect de la procédure prévue par les statuts, des règles
éthiques conformes aux aspirations des socialistes.
–
Toutes les dispositions statutaires doivent
être prises afin d’éviter qu’une minorité, ou un groupe
de camarades, puisse confisquer le pouvoir et l’imposer
à l’ensemble du parti pour son propre profit. Tous les camarades,
selon les compétences de chacun, ont le droit de participer
sans discrimination à la gestion de la chose publique.
–
Que les principes de subsidiarité soient reconnus
et appliqués à tous les échelons où s’exerce le pouvoir.
Ainsi, le gouvernement de gauche ne doit pas jouer le rôle
qui relève du ressort du parti, ni une instance interne
supérieure assumer des tâches qu’une instance inférieure
interne peut bien accomplir. En effet, le non-respect de
ce principe a généralement pour conséquence d’aboutir à
la confusion.
–
La liberté d’expression, reconnue et garantie
par les statuts, doit devenir effective. De plus, elle est
indispensable à l’exercice des libertés fondamentales, de
même qu’au développement intégral et harmonieux du parti.
–
Aucun élu ne peut se substituer au parti,
ni utiliser ses fonctions publiques comme un patrimoine
personnel. Tout abus, ou infraction, dûment établi en ce
domaine doit être sévèrement sanctionné par les statuts.
Par ailleurs, on ne peut empêcher toute personne d’agir
en qualité de citoyen, à partir du moment où cela ne porte
guère préjudice au parti.
–
Il est du devoir des responsables du parti
de créer des conditions favorables à cette fin. En effet,
le bon fonctionnement exige un environnement propice, notamment
la confiance et l’unité.
–
Pour mener à bien les réformes envisagées,
chaque camarade doit être animé d’un grand esprit militant,
d’un dévouement consciencieux et d’un véritable engagement
pour le parti et son développement intégral. À cette fin,
il est nécessaire que l’on sache distinguer l’intérêt personnel
et le combat commun.
–
Les maux auxquels s’expose le Parti Socialiste
s’expliquent par des comportements inadéquats qui favorisent
et entretiennent l’effritement des valeurs morales, le renversement
des critères de moralité et les autres conséquences que
beaucoup de gens déplorent. Face à cette situation, on serait
tenté de croire que le changement de mentalité est une nécessité
absolue, car c’est du cœur et de l’esprit des hommes et
des femmes de bonne volonté que sortent les désirs et les
aspirations qui inspirent toute structure.
2
- Une autre voie est-elle possible ?
Un siècle
après son congrès fondateur de 1905, le socialisme français,
à la fois fort de ses acquis et confronté aux mutations
de la société, doit appréhender différemment les enjeux
en cours. La redistribution des richesses ne suffit plus
à elle seule à maintenir la cohésion sociale. La solution
ne viendra pas du seul fait de vouloir à tout prix combiner
le libéralisme et le socialisme. Elle ne viendra pas non
plus du fait de vouloir tendre le plus à gauche possible.
Il est certain qu’une autre vision politique de gauche est
possible. Ce nouvel élan socialiste devra provoquer des
bouleversements pouvant imposer des lois équitables et équilibrées.
C’est la seule façon d’ouvrir des horizons nouveaux à une
société française en mal de repères. Seule une réelle volonté
politique fera triompher des choix collectifs : d’où
la nécessité de repenser la gauche.
3
- Quels enjeux socialistes et républicains pour la France
du XXIe siècle ?
Le progressisme,
qui coule dans le cœur, et l’intelligence des socialistes
suffisent à transformer la France en un véritable laboratoire
d’idées. Encore faudrait-il se servir “ d’instruments
nécessaires au déterminisme ” et de ne pas rester sourds
aux appels du destin. Ces instruments nécessaires au
déterminisme ne valent rien sans la force de la pensée et
la volonté des énergies. Si nous voulons vraiment un
Parti Socialiste réformé et réformiste, nous devons employer
notre énergie à combattre l’iniquité et l’injustice.
Ainsi, les socialistes retrouveront l’espoir perdu après
les séismes des dernières élections.
La démocratie doit être conçue, aujourd’hui, différemment
et la citoyenneté envisagée sous le seul aspect de l’égalité
absolue entre les individus indépendamment de leur rang
social, de leur sexe, de leurs origines ethniques ou de
leur culture religieuse. Ainsi le socialisme moderne
devra-t-il placer les droits de la personne humaine au cœur
de son programme et avoir sans arrêt à l’esprit la cohésion
nationale. Cette vision socialiste doit se décliner
en fonction de la société que nous voulons léguer aux générations
à venir.
Ce socialisme-là doit être une sorte de passerelle favorable
au dialogue unitaire entre les gouvernants et les gouvernés.
Il ne consistera pas qu’à sortir indemne des crises sociales,
mais aussi à les maîtriser en vue de l’intérêt commun. Le
socialisme du XXIe siècle doit surtout épargner
aux générations futures les “ cahots du chemin ”.
Agissons selon nos convictions pour que le point et la rose
symbolisent à jamais l’égalité des chances, signe manifeste
d’une réelle “ transformation sociale ”.
En politique, les moyens justifient très souvent la fin.
Comment procéder pour atteindre les objectifs définis ci-dessus ?
4 –
Les voies et moyens en vue d’un socialisme humaniste
Il ne suffit
plus d’être un parti de gouvernement pour paraître crédible.
La crédibilité d’un parti politique réside plutôt dans les
voies et moyens en vue de la mise en place de son programme.
Disons que la réalisation du projet socialiste dépendra
de la stratégie interne au parti, des accords au sein même
de la gauche et de sa mise en application une fois au pouvoir.
a) Le rassemblement
des socialistes
Le projet du Parti Socialiste séduira les Françaises
et les Français s’il repose en grande partie sur des valeurs
ayant contribué au rejet de l’Europe libérale qui a été
proposée dans le projet constitutionnel européen. Le rassemblement
des socialistes devrait donc se faire autour d’un vrai programme
aux aspirations de gauche qui ont permis à notre parti,
lors du référendum du 29 mai, de ne pas se couper complètement
de la majorité de notre électorat.
b)
Le rassemblement de la gauche
Après s’être majoritairement prononcée en faveur
du NON au projet constitutionnel, la gauche devrait consolidé
son rassemblement sur la base d’un programme commun de gouvernement
issu du projet socialiste et de ceux de la gauche communiste
et altermondialiste.
c)
La déclinaison proprement dite du programme commun de la
gauche
La modernisation de l’administration jouera un rôle
déterminant dans la réussite du programme commun de la gauche.
Il faut que la gauche ait les moyens de mettre en place
sa politique. Cela passera par la réforme, sur le moyen
terme, de l’État et la bonne application dudit programme
par le corps constitué de l’État. Seul un État fort peut
mieux asseoir une politique favorable
à une fiscalité équitable, aux droit social et écologique
et aux services publics.
d)
L’entretien de la flamme
Il faut enfin constituer, sur le plan
politique, une sorte de plate-forme qui rassemblera les
alliés de la gauche pour faire le point, voire une sorte
d’autocritique, tous les ans sur l’action gouvernementale.
C’est en entretenant la flamme que l’on consolidera longtemps
le socialisme humaniste.